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INVASION RUSSE EN UKRAINE ET CONVERSION DE COVID-19 DE L’AGENDA INTERNATIONAL : COMPRENDRE DE NOUVELLES MUTATIONS

Chroniques du CESPo

INVASION RUSSE EN UKRAINE ET CONVERSION DE COVID-19 DE L’AGENDA INTERNATIONAL : COMPRENDRE DE NOUVELLES MUTATIONS

Texte publié par Luc ADAHOU
Diplômé en Science Politique
Centre d’Etudes Sociologiques et de Science Politique (CESPo)
Université d’Abomey-Calavi

Sous la coordination scientifique du Prof Hygin KAKAI, Agrégé de Science politique, Directeur du Centre d’Etudes Sociologiques et de Science Politique (CESPo), Université d’Abomey-Calavi

15.04.2022

« Les relations interétatiques se déroulent à l’ombre de la guerre ». Quant à la guerre, elle est « une simple continuation de la politique par d’autres moyens » . Cette deuxième assertion du Général Karl Von Clausewitz rend bien compte de ce que l’invasion de l’Ukraine par les troupes militaires de la Russie n’est rien d’autre qu’un duel qui met aux prises ces deux Etats. Par invasion, on peut entendre la pénétration massive de forces armées qui envahissent le territoire d’un autre Etat . Elle s’observe généralement lorsque deux ou plusieurs sujets de droit international se menacent sur la base d’un différend qui les oppose au point où, l’un d’entre eux travaille à amener le reste à répondre à ses exigences. L’agenda quant à lui, renvoie à l’ensemble des problèmes publics qui déterminent à un moment donné, l’attention et/ou l’action des pouvoirs publics et peut faire objet d’une action publique lorsqu’il est institutionnel . Il peut toutefois évoluer vers le champ international lorsque le niveau national se révèle insuffisant dans la définition des droits et devoirs des acteurs, des pratiques et des compromis . Ainsi, on peut dire que la Covid-19 est un problème mis sur l’agenda international. Toutefois, c’est dans cette gestion de la crise sanitaire de la Covid-19 qu’est apparu le conflit appelé opération militaire qui oppose la Russie à l’Ukraine. Cette crise russo-ukrainienne semble convertir la forte médiatisation de l’agenda international que constitue la Covid-19 pour devenir le principal sujet de l’agenda international actuel. En quoi l’invasion russe participe de la conversion de l’agenda international de la Covid-19 ? Ce sujet s’inscrit dans le cadre d’un contexte où la guerre en Ukraine intéresse les médias, les Etats, les organisations internationales. Notre analyse s’articulera autour de deux principaux axes. Il s’agit, dans un premier temps, d’analyser la guerre en Ukraine comme la base d’un recul de la médiatisation de la Covid-19 (I) et, dans un second temps, la guerre avec le reste du monde et les effets des sanctions (II).

I- La guerre en Ukraine : un recul de la médiatisation de la pandémie de covid-19
L’invasion Russe fait de la guerre en Ukraine une nouvelle urgence de l’agenda international (A) qui fait de celui de la Covid-19 un agenda structurel (B).

A- La guerre, une nouvelle urgence de l’agenda international
La question du droit des peuples à disposer d’eux-mêmes et celle du règlement pacifique des différends entre les Etats sans avoir recours à l’usage de la force font de l’’invasion de l’Ukraine par la Russie une remise en cause de l’équilibre des forces. Si la confrontation actuelle entre la Russie et les Occidentaux repose sur de nombreux griefs, le récit d’une trahison occidentale occupe une place de choix dans la rhétorique de Moscou depuis plusieurs décennies. Déjà, lors de la Conférence sur la sécurité de Munich en 2007, Vladimir Poutine s’interrogeait sur l’élargissement de l’Organisation du Traité Atlantique Nord (OTAN) jusqu’aux portes de la Russie et également sur les assurances données à la Russie par ses partenaires occidentaux au lendemain de la dissolution du pacte de Varsovie en 1991. Le fondement de ces ressentiments russes remonte en 1990 où les Etats-Unis promettaient lors de la réunification de l’Allemagne à la Russie que l’OTAN ne s’étendra pas jusqu’au territoire de la République démocratique allemande . Or pour le Président Volodymyr Zelenski, l’Ukraine manifeste son ambition de devenir membre de l’OTAN afin de garantir sa sécurité au plan politique mais également militaire. Cette volonté affichée de l’Ukraine a été l’élément catalyseur de l’invasion des troupes militaires russes en Ukraine. Entre influences et menaces verbales, la guerre, est devenue une réalité en Ukraine depuis les premières frappes Russes du 24 Février 2022. Avec la déclaration de Zelenski sur la reprise de la Crimée par la force en Avril 2021 certains analystes ont tôt fait, remarquer que, Ukrainiens et Américains avaient décidé de déclencher une guerre à la Russie dès le début de cette année 2022. La concentration des troupes ukrainiennes dans le Donbass depuis l’été, les livraisons massives d’armes par l’OTAN au cours de ces derniers mois, la formation au combat accélérée des régimes Azov et de l’armée, le pilonnage intensif de Donetsk et de Lougansk par les ukrainiens dès le 16 février 2022 qui semblent être ignorés par les médias occidentaux ont fait penser, Guy Mettan, journaliste et ancien député à Genève, que la guerre en Ukraine était inévitable du fait qu’une opération militaire de grande envergure était prévue par Kiev à la fin de cet été. Ce réalisme de l’Etat russe est la confirmation de ce que l’intérêt des grandes puissances prime sur ce que recommande les chartes des différentes organisations internationales qui sont censées garantir la paix dans le monde. Il fait de l’invasion russe en Ukraine une guerre improvisée suite à sa réaction qui s’est faite dans l’urgence. Pour la politologue Amélie ZIMA, chercheur rattaché au centre Thucydide (Panthéon Assas) « Les Russes ont du mal à accepter l’élargissement de l’OTAN mais ils oublient qu’ils ont signé un document appelé l’acte fondateur OTAN-Russie en 1997 » à travers lequel, ils deviennent partenaire et s’engagent à garantir la paix et la sécurité dans la zone Euro-Atlantique ainsi que l’intégrité de tous les Etats. Mais l’attaque dont fait montre l’Ukraine depuis quelques semaines et dont le Président Poutine évoque comme raison qu’il n’est pas question d’une guerre en Ukraine mais plutôt d’une opération militaire ayant pour objectif la dénazification et la démilitarisation de l’Ukraine en allant jusqu’à exiger aux forces militaires Ukrainiennes de renverser le pouvoir en place semble faire de la Russie, un Etat qui foule au pied les principes du droit international. Dans le même temps, une autre catégorie d’observateurs comme le Général Jacques Guillemain trouve que la raison semble avoir quitté les Chancelleries occidentales y compris même les salles de rédaction européenne où le combat collectif à mener n’est rien d’autre qu’anti-Poutine du fait de l’oubli de l’histoire Européenne. Il rappelle, à cet effet que ce sont les Américains qui ont refusé l’arrimage de la Russie à l’Europe en 1990 et malgré la dissolution du pacte de Varsovie en 1991, les occidentaux ont conservé l’OTAN avec ses membres, en y acceptant l’adhésion de 14 autres pays de l’ex-URSS avec l’installation de leurs missiles aux frontières de la Russie qui ne menaçait plus personne. Cinq des membres de l’OTAN jusqu’en 2022 disposent toujours des armes nucléaires sur leur territoire et ceci apparaît comme une véritable menace de l’occident vis-à-vis de la Russie. Ce n’est que la résistance de la Russie face à ces politiques de l’occident qui semble remettre en cause l’ordre international. Or l’ordre international est en réalité un traité dont des dispositions sont régies par des règles qui sont acceptées par toutes les parties prenantes et concourent au fonctionnement du système international. En cas d’échec de l’acceptation de ce dernier comme règles par tous, l’ordre n’existe plus .La recherche d’un accord de paix devient alors une urgence pour le monde occidental.
L’occident dont l’agenda international ayant embrasé le monde entier les deux dernières années était penché sur la gestion de la crise sanitaire de la Covid-19 s’est immédiatement substitué au profit des politiques de protection et d’évacuation des populations civiles ukrainiennes à travers la création de couloirs humanitaires, les politiques d’accueil des réfugiés, les politiques d’aides humanitaires suite au refus de l’OTAN d’aller en guerre face à la Russie pour la simple raison que l’Ukraine n’est pas encore membre de l’alliance. Malgré que l’Ukraine ne soit pas membre de l’OTAN, les décisions communes du triple sommet l’UE, l’OTAN, et le G7 en terme du renforcement des forces de l’OTAN suivi de la menace de riposter en cas d’usage d’armes chimiques par la Russie fait donc constater que l’OTAN n’a pas d’ennemi à proprement parler mais cela ne signifie pas pour autant que l’OTAN, en tant qu’organisation complexe, s’empêche de penser l’ennemi . Cette tension semble faire du traitement de la Covid-19 un agenda en plein déséquilibre.

B- La Covid-19, un agenda désormais structurel
Les deux dernières années, les médias internationaux nous ont fortement habitué à vivre au quotidien avec les informations liées à la gravité des cas relatifs à l’évolution de la pandémie du virus de la Covid-19, d’un pays à un autre, des cas de décès qui secouent le monde entier, des dispositions prises particulièrement par les Etats, par les organisations internationales pour contrer ou endiguer l’évolution de ladite pandémie. Mais depuis l’invasion de l’Ukraine par la Russie, il est empirique de constater que les plateaux des grandes chaînes de télévisions et radios internationales qui dans un passé récent ne résonnent que des questions et approches de solutions mises en place par les Etats et les organisations internationales en termes de politique du port de masque, de confinement, de déconfinement et reconfinement chez certains, et cordon sanitaire chez d’autres ont laissé plus de choix au débat devant expliquer la tension en cours entre la Russie, l’Ukraine et la communauté internationale.

La forte médiatisation des politiques vaccinales relatives à la gestion de la crise sanitaire qui s’est généralisée partout dans le monde s’est éclipsée au profit d’anciens généraux, d’ambassadeurs, de chercheurs, d’enseignants d’universités et experts des questions des relations internationales aux fins d’entretenir l’opinion publique mondiale sur l’évolution et l’avenir de la guerre en Ukraine. Au regard des débats actuels qui font objet de décryptages sur l’évolution de la guerre en Ukraine, le traitement de la pandémie de la Covid-19 apparaît désormais être absorbé, par l’invasion Russe en Ukraine. La gestion de la pandémie du coronavirus, au regard de l’actualité internationale semble désormais être juste une préoccupation des gouvernements au niveau national ou selon les différentes relations bilatérales qui lient ceux-ci à d’autres Etats dans le but de continuer à accompagner ou à se faire accompagner dans la gestion de celle-ci. Elle reste et demeure également pour certains citoyens, un souci par rapport à leur état de santé ou lorsque ces derniers se retrouvent en situation de voyage avec l’obligation de remplir un certain nombre de formalités selon leur Etat de provenance et ou de destination. D’ailleurs le dernier débat à l’Assemblée sur la situation de la gestion de la crise sanitaire du Covid-19 en France, en présence du ministre de la santé Olivier Véran remonte au jeudi 24 Février 2022.

La France dont presque tous les soirs, le premier ministre accompagné du ministre de la santé, fait le point de l’évolution de la gravité des cas de contamination et des mesures urgentes à prendre a jugé opportun dans un climat dépassionné de lever certaines restrictions liées à la pandémie comme le port du masque, le pass vaccinal relatives à la gestion de la crise sanitaire du Covid-19 . Depuis que ces nouvelles mesures sont devenues effectives, les médias se sont une fois encore rangés en ordre de bataille sur les faits qui font l’objet de décryptages de la situation qui prévaut entre la Russie et l’Ukraine.

Le Bénin dans la même dynamique s’est invité quelques jours après la mise en œuvre de la politique d’allègement de certaines restrictions en France et à alléger à son tour une partie de ses restrictions relatives à la gestion de la pandémie du virus du corona. La gestion de la Covid-19 qui était une préoccupation jusqu’au début de l’année à travers les médias internationaux du fait de l’ampleur de la médiatisation dont elle faisait montre en raison de ces urgences qui en appelaient à l’organisation sans cesse de divers sommets de l’ONU, L’UE, le G7 semble devenir une urgence de moindre importance du moment à travers les actions de la communauté internationale et des médias. Ici, la question qu’on se pose est de savoir si ce déplacement massif de réfugiés n’induit pas une réelle expansion du coronavirus ? Si tel est le cas, comment peut-on expliquer le silence sonore des Etats et des institutions ? En outre, la situation ukrainienne nécessite une recherche de solution de premier plan à l’agenda international où les Etats s’alignent à leur manière pour prendre des décisions, qui semblent à leur regard conséquentes pour en venir à une relation pacifique entre la Russie et l’Ukraine même si ces décisions ne sont pas sans effets sur le reste du monde.

II- Le reste du monde avec la guerre et les effets des sanctions
La guerre en Ukraine implique des prises de positions de la part des Etats (A) qui débouchent sur des sanctions (B) de part et d’autres.

A- De la position des Etats
Le véto émis par la Russie le 25 février dernier, face à la résolution du Conseil de sécurité ayant exigé le retrait sans délai des troupes russes du territoire ukrainien n’a pas laissé d’autre choix au reste du monde que de se mobiliser, même si les démarches entreprises au niveau de chaque Etat ne s’inscrivent pas toujours dans une même logique en raison de la politique nationale pour aboutir à un dénouement de ce conflit. Si le Chef d’Etat français, Emmanuel MACRON a fait l’option de discuter, presque au quotidien à travers des appels téléphoniques avec son homologue Russe Vladimir Poutine pour en venir à un compromis avec l’Ukraine et que l’Allemagne de par sa position a fait l’option de revoir sa politique en matière de sécurité et défense tout en prévoyant de consacrer à l’avenir les 2% de son budget annuel pour renforcer sa sécurité , les Etats africains ont choisi la tribune de l’Assemblée générale des nations unies pour afficher leur position face à la résolution du conflit qui oppose l’Ukraine à la Russie. L’Assemblée générale de l’ONU a adopté le mercredi 2 mars 2022 par le biais d’une majorité absolue, une résolution qui, "exige que la Russie cesse immédiatement de recourir à l’emploi de la force contre l’Ukraine". Cent quarante et un (141) sur cent-quatre-vingt-treize (193) Etats membres ont approuvé le texte, piloté de main de maître, par l’Union Européenne en collaboration avec l’Ukraine. Un texte qui déplore l’agression de la ‘’Russie contre l’Ukraine’’ et qui affirme son attachement à la souveraineté, l’indépendance, l’unité et l’intégrité territoriale de l’Ukraine. A la faveur d’un vote massif relatif à ladite résolution, Seize (16) des pays africains tels que : l’Algérie, l’Angola, le Burundi, le Congo- Brazzaville, la Guinée Equatoriale, le Madagascar, le Mali, le Mozambique, la Namibie, le Soudan du Nord, le Soudan du Sud, l’Afrique du Sud, le Sénégal, la Tanzanie, l’Ouganda et le Zimbabwe ont préféré s’abstenir. Huit (8) autres pays africains comme : le Burkina Faso, la Guinée, la Guinée-Bissau, Eswatini, l’Ethiopie, le Cameroun, le Maroc et le Togo n’ont pas pris part au vote. La Chine supposée alliée de Moscou a préféré rester aussi en retrait par un vote d’abstention, au risque de froisser le Kremlin . Ces positions de neutralité et de non alignement des pays du sud et de la Chine font d’eux, au regard de certaines analyses les gagnants de cette guerre après les États-Unis qui ont tôt fait de se retirer de l’Afghanistan en Août 2021. Ce retrait des troupes américains blanchi les USA au regard de l’opinion publique mondiale et permet de ne pas lui reprocher l’invasion et l’occupation désastreuse dudit pays . Pour le politologue Michel Galy, dans un entretien accordé à la chaine de télévision TV5 monde, le 03 mars 2022, les seize (16) abstentions de la part de ces pays d’Afrique peuvent s’expliquer comme suit : « À la zone d’influence française celles des anciennes colonies, correspond habituellement un vote automatique qui suit la ligne occidentale lors des assemblées de l’ONU. On peut d’ailleurs le voir avec la Côte d’Ivoire ou le Niger avec ce vote. On s’étonne donc de l’abstention du Sénégal qui n’est pourtant pas connu pour être un régime hostile à l’influence française. Cependant, pour d’autres pays comme le Mali et la Centrafrique, c’est beaucoup plus compréhensible. Ces pays sont à la fois sous l’influence française traditionnelle et sous nouvelle influence russe avec l’appel aux mercenaires de Wagner. L’importance que prend Wagner dans la situation politico-militaire va plus loin qu’on ne le pense et se rapproche d’un retournement d’alliance ». Il importe également de souligner aussi que cinq pays (05) dont un africain, comme l’Erythrée, la Russie, la Biélorussie, la Corée du Nord, et la Syrie ont opté pour une opposition face à la résolution. Cette position des Etats face à la résolution de la guerre en Ukraine paraît refléter non seulement l’influence du coût de l’histoire dans les relations qu’entretiennent les pays entre eux mais également de l’intérêt que procure l’avenir de ces derniers et permet de constater que le choix opéré par les Etats en Afrique n’est pas commun. Michel Galy fait donc constater que le vote révèle un malaise et la division d’une Afrique qui ne sait pas s’il est préférable de suivre le pays de référence ou prudemment s’abstenir tant qu’on n’a pas encore le dernier mot du conflit . Cette analyse du politologue Galy explique mieux le comportement de certains pays comme le Maroc qui justifie son abstention au vote de la résolution par l’abstention répétée des Russes face aux résolutions sur le Sahara occidental au Conseil de sécurité de l’ONU. La position du Bénin reste ambiguë dans la mesure où celui-ci a voté pour la résolution du conflit et semble donc suivre la ligne de son ancienne métropole qu’est la France mais déjà au lendemain de ce choix accorde un domaine foncier à la Russie pour l’installation de son ambassade. Le Bénin n’est-il pas influencé par une certaine hégémonie européenne compte tenu de l’aide au développement ? Mais comme si ces positions ne suffisent pas pour trouver une solution effective et durable en faveur de la guerre en Ukraine, la plupart des occidentaux ont choisi la voie des sanctions dont les conséquences sont partagées avec le reste du monde.

B- Des effets des sanctions
Suite à l’invasion de l’Ukraine par la Russie, acte qualifié par le président français Emmanuel Macron d’”atteinte la plus grave à la paix en Europe depuis des décennies”, les chefs d’Etats et de gouvernements de l’UE se sont réunis dans la soirée du jeudi 24 février 2022 pour un Conseil européen extraordinaire à Bruxelles. A l’issue de ce sommet, la présidente de la Commission européenne Ursula Von der Leyen déclarait que “les dirigeants russes devront faire face à un isolement sans précédent”. Le Chef de la diplomatie Européenne Josep Borrell va déclarer à cet effet que ‘’les Vingt-Sept se sont mis d’accord sur des sanctions qu’ils considèrent comme étant les plus sévères et jamais mises en œuvre par l’Union européenne’’ . Il s’agit de tout un paquet de sanctions qui sont d’ordres multiples. Des sanctions financières qui réduisent l’accès de la Russie aux marchés de capitaux les plus importants. 70 % du marché bancaire russe a été visé selon les déclarations de Ursula Von der Leyen, mais aussi les principales entreprises publiques, y compris dans le domaine de la défense” sans oublier la volonté européenne d’augmenter les coûts d’emprunt de la Russie. En ce qui concerne l’énergie, une interdiction d’exportation touche le pétrole en rendant impossible pour la Russie de moderniser ses raffineries. Une interdiction de vente d’avions, de pièces détachées et d’équipements aux compagnies aériennes russes est aussi mise en place. L’accès de la Russie aux technologies nécessaires à la fabrication de semi-conducteurs et d’autres technologies de pointe est, par ailleurs, limité. Enfin, concernant les visas, les diplomates et les hommes d’affaires n’ont plus un accès privilégié à l’Union européenne. Certains économistes pensent que ces sanctions occidentales participeront du renforcement des échanges entre la Russie et le continent africain. Pour l’économiste togolais Yves Ekue Amaïzo, « les sanctions occidentales auront aussi des répercussions sur l’Afrique mais selon lui elles pourraient être aussi positives ». L’Afrique est désormais envisagée comme le futur partenaire dont la Russie a besoin pour en faire d’avantage un client de taille du fait que les sanctions économiques révèlent que la Russie dispose de plus en plus moins de possibilité de faire des échanges de flux et d’investissements avec le reste du monde occidental même en présence de sa propre monnaie qui est le rouble. Dans le même temps, l’Allemagne de par son ministre de l’économie Robert Habeck s’attend à ce que ces sanctions aient d’importantes répercussions sur sa propre économie. Il s’agit bel et bien des sanctions dont les répercussions sont partagées un peu partout dans le monde et on peut déjà le noter avec les problèmes relatifs à la pénurie du blé qui bat son plein dans certains principaux pays consommateurs du pain en Afrique tels que l’Egypte, le Niger, le Bénin. Ces sanctions ont fait flamber jusqu’à 60% le prix du gaz en Europe. L’Italie, pays dépendant à 40% du gaz Russe a vu cette guerre engendrer d’énormes conséquences dans la vie de ses ménages dont les factures d’électricité ont flambé ces dernières semaines pour la simple raison que 60 % de l’électricité produite en Italie émane du gaz Russe .

La guerre qui oppose la Russie à l’Ukraine se révèle être la résultante d’un rapport de forces qui met en duel deux Etats souverains en quête de la protection de leurs intérêts nationaux. Entre la volonté pour la communauté internationale de résoudre ce conflit sans plonger le monde dans une confrontation totale ou dans un chao, la gestion de cette crise russo-ukrainienne implique une nouvelle urgence. Cette crise qui semble avoir modifié l’urgence qu’avait constituée l’agenda international autour de la gestion de la Covid-19 et qui permet à chaque Etat de se positionner à sa manière autour du conflit même si les sanctions qui en découlent ne sont pas sans conséquence sur la Russie et qui dans le même temps est partagée avec le reste du monde. Mais dresser un bilan géostratégique d’un conflit qui n’est pas encore terminée, et qui s’est déclenchée, il y a seulement quelques semaines, peut paraître irréaliste. Toutefois, ces nouvelles dynamiques nous prouvent davantage que l’Afrique doit surmonter le sentimentalisme qui l’anime dans les relations internationales pour en devenir un acteur véritablement clé.